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LE ROLE DE LA FAMILLE DANS LE DEVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITE

UN DOCUMENT DE LA SACREE CONGREGATION POUR LA FAMILLE

 

INTRODUCTION

 

La crise que connaît aujourd'hui la famille, en de nombreux pays industrialisés, avec son instabilité, sa réduction de taille, la fréquente absence d'un des parents du domicile familial, et l'incapacité des époux à transmettre à leurs enfants des directives de vie et des valeurs, se traduit, nous disent psychologues et psychiatres, par une augmentation impressionnante des troubles psychiques chez l'enfant, et par une difficulté croissante des jeunes à s'insérer dans la société, faute d'une personnalité équilibrée et sûre d'elle même. Les psychologues ne cessent de répéter, depuis des années, que la démission des parents vis-à-vis de leurs responsabilités éducatrices laisse les jeunes à eux-mêmes, sans guide ni soutien, sans boussole pour la vie, avec une liberté dont ils ne savent que faire, dans un triste état de vide moral qui ne facilite guère la prise de responsabilités1.

Ces manques dans le développement de la personnalité de nombre de jeunes aujourd'hui illustrent en négatif tout ce que la famille apporte en positif à l'enfant pour l'aider à atteindre sa dimension adulte. Les sciences humaines, psychologie, sociologie, morale, philosophie ont largement exploré la question et nous aident à comprendre cette action éducative de la famille. Cependant l'Eglise a aussi son mot à dire sur la question, non seulement à cause du poste d'observation privilégié qu'elle occupe dans la société, mais aussi parce qu'elle s'estime engagée avec l'humanité, et obligée de mettre en garde politiciens, éducateurs, parlements et sociétés contre la dégradation de la famille et ses funestes conséquences pour la société de demain.

Notre intention est de présenter ce que dit l'Eglise Catholique, dans les différents documents de son Magistère, sur le rôle de la famille dans la formation de la personnalité de l'enfant. Nous ferons toutefois précéder cet exposé par un tour d'horizon des différents apports des sciences humaines en ce domaine. Ce tour d'horizon nous permettra de mieux apprécier la position spécifique de l'Eglise sur ce sujet.

 

I - UN COUP D'OEIL SUR LA SITUATION ACTUELLE

 

A - L'ACTUELLE CRISE DE LA FAMILLE

Que cela soit à Stockholm, San Francisco, Bombay, Mexico City ou Nairobi, les pressions de la vie moderne placent la famille dans une situation toujours plus difficile, affaiblissant sa stabilité, réduisant sa dimension, changeant sa configuration, et posant question sur la façon dont elle pourra continuer à l'avenir sa mission de cellule fondamentale de la société, pont entre cette société et l'individu, et matrice intégrative de l'être humain dans cette société.

1) Quelques chiffres

Les chiffres impressionnent: aux Etats Unis, quatre enfants sur dix ne vit plus avec ses parents biologiques. Le nombre de familles monoparentales a doublé depuis 1970. Le nombre d'enfants nés hors mariage s'est multiplié par 500% avec la dernière génération. En Europe de l'ouest le nombre de mariages a diminué de 40% au cours de la dernière génération, cependant que le taux des naissances est tombé de 25%.

Ces changements sont survenus sur un fond de transformations économiques qui ont amené des millions de femmes dans le marché du travail et engendré une compétition pour les postes de travail qui amène souvent les parents à travailler à des centaines, voire à des milliers de kilomètres du foyer familial.

Les personnes qui désirent avoir une famille aujourd'hui, avec plusieurs enfants, et entendent s'occuper de l'éducation de leurs enfants rencontrent de nombreux obstacles, et doivent faire parfois face à des défis quasi insurmontables.

2) De la famille-institution à la famille-pacte

En même temps que ces développements affectent la famille, sa taille, et la situation des parents, on assiste à un change ment des valeurs, avec une dévaluation des notions de devoir et de responsabilité sociale, et une recherche de plus de liberté individuelle et d'auto-satisfaction.

Un rapport récent sur la situation démographique dans les quinze pays de l'Union Européenne concluait que "la famille, qui, dans le passé, fonctionnait comme institution et moyen d'intégra tion sociale, est devenue un pacte entre deux individus cherchant leur satisfaction personnelle"2 Quand cette satisfaction a été atteinte, l'unité familiale se désintègre souvent.

3) La diminution du temps donné par les parents à leurs enfants

Cette fragilisation de la famille, cette transformation de ce que recherchent les parents, et le fait qu'une grande partie des mères travaillent maintenant hors du foyer a entraîné un manque croissant dans ce qui était le rôle traditionnel de la famille: l'éducation.

Le phénomène le plus marquant est la diminution du temps que les parents passent avec leurs enfants: on a calculé que, aux Etats Unis, les parents passent aujourd'hui 40% moins de temps avec leurs enfants que ne le firent les parents de la génération précédente.

Une analyse faite l'an passé par l'association anglaise "Care for the family", a montré que plus de la moitié des pères interrogés consacraient moins de cinq minutes par jour à leurs enfants, sur un jour de travail moyen. "Ce résultat ne m'a pas du tout surpris" a déclaré le directeur de l'association, Rob Parsons, auteur du livre "The Sixty Minutes Father", qui a ajouté: "Ce ne sont point de mauvais pères. Ce sont des hommes pris au piège dans une image d'eux mêmes qui dit que l'on ne peut pas décemment quitter son bureau à 6 heures du soir".

En Suède, où les parents ont le droit depuis 1970 de prendre un congé payé de 18 mois durant les huit premières années de la vie de leur enfant, le gouvernement a du, en 1995, passer une loi pour obliger les pères à prendre au moins un mois sur ces dix-huit.

Cette absence du père n'est pas compensée par une présence plus grande de la mère, au contraire, puisqu'un nombre toujours plus important de femmes rejoignent le monde du travail, poussées par les besoins matériels, par la recherche de leur auto-accomplissement, ou par les deux. Dans certains pays européens comme la Suède et le Danemark, le pourcentage d'hommes et de femmes au travail est devenu à peu près égal. Dans les autres pays, la part des femmes dans la main d'oeuvre augmente rapide ment, de 20% en cinq ans en Espagne, Belgique, et Hollande. Il est clair que les femmes qui sont mères ont moins de temps à consacrer à leur enfant.

Dans un rapport récent, le Population Council de New York n'a trouvé que dans un seul pays sur les dix étudiés - l'Indoné sie - un temps consacré par les parents à leurs enfants supérieur à 7,5 heures par semaine.

4) L'absence d'un des parents

Dans un nombre croissant de cas, le problème n'est pas que les parents passent trop de temps à leur travail; simplement, un des parents n'est pas là, soit que le couple se soit séparé, soit que un des parents ait du, pour trouver du travail, partir au loin, comme cela se voit dans les pays en voie de développement. Aux Philippines, par exemple, environ 10% de la population féminine travaille à l'étranger, une grande partie d'entre elles comme servantes dans les pays du Moyen Orient ou dans les pays asiatiques plus riches.

L'étude du Population Council a aussi montré que, entre les premières années 1970 et le milieu des années 1980, le nombre de foyers monoparentaux a fortement augmenté dans le monde entier, passant par exemple de 13% à 24% aux Etats Unis.

5) Un vide qu'occupent les médias

Ceci ne peut avoir que de graves conséquences sur la société: "Si ces tendances persistent", dit Mr Tarschys, spécialiste des questions familiales au Conseil de l'Europe,"la société dans son ensemble, dans quelque temps, ne fonctionnera plus de façon effective". D'autant plus que, alors que les parents se désengagent de leurs responsabilités et rechignent aux sacrifices de temps et de loisirs pour leurs enfants, d'autres facteurs viennent combler ce vide dans la vie de l'enfant, qui ne sont pas toujours des meilleurs: un rapport des Nations Unies, paru il y a deux ans, souligne le fait que les médias représen tent la source d'influence principale dans la vie des jeunes enfants de la région du Pacifique Asiatique. Le rapport ajoute que ceci est "le résultat du déclin de la famille comme lieu principal de la socialisa tion". Pour beaucoup d'observateurs, cet impact des médias sur les enfants - et souvent les très jeunes enfants - conséquence de l'instabilité familiale, est très préoccupant.

B - CONSÉQUENCES SUR LES JEUNES

Cet état de fait, l'instabilité croissante de la famille, la diminution du temps consacré par les parents à leurs enfants, la fréquente absence d'un des parents, et le comblement du vide parental par les médias ou par les groupes juvéniles plus ou moins aliénés vis à vis de la société, n'est pas sans conséquen ces graves. Celles ci sont difficiles à mesurer et à faire entrer dans des statistiques puisqu'il s'agit de déficits en qualités humaines.

Faute de pouvoir mesurer les manques psychologiques et affectifs entraînés, chez les enfants, par les démissions parentales, on en est réduit à regarder les statistiques des crimes, suicides et délits juvéniles, d'un côté, les déficiences scolaires et physiques de l'autre, et, entre les deux, les files d'attente des jeunes chez les psychologues et psychiatres. Moyennant quoi ce qu'on découvre est malheureusement plus que significatif: avec le désengagement des parents de leur rôle éducatif, c'est la personnalité même des enfants qui se trouve atteinte, et parfois de façon grave.

Les Américains sont maintenant convaincus du lien qui existe entre la dégradation des conditions familiales dans leur pays et les statistiques criminelles qui montrent qu'en une génération les Etats Unis ont connu une multiplication par trois des suicides chez les adolescents et des homicides juvéniles, une multiplication par deux des délits juvéniles en général et une chute impressionnante des résultats aux examens d'entrée dans les collèges.

Nous assistons de plus en plus aujourd'hui à la diffusion chez les jeunes adultes, plus particulièrement de sexe masculin, de ce que certains ont appelé le "syndrome de Peter Pan"3, de ce que d'autres appellent l'"interminable adolescent"4, et de ce que l'ont peut définir psychologiquement comme une forte tendance narcissique, empêchant le sujet de se détacher de la quiétude du foyer parental et d'entrer dans une relation affective stable avec autrui. Ce sont ces "adolescents attardés" qui arrivent à 28-30 ans sans avoir réussi à se détacher de leur mère, ni à avoir établi une relation d'amitié profonde et responsable avec autrui. Leur vie affective et sexuelle est marquée par la superficialité, l'égoïsme, et l'incapacité à entrer dans une vraie relation de type conjugal. Si ces hommes ou ces femmes se marient, ils divorcent à répétition et se montrent incapables d'assumer une responsabilité de parent. Quand on examine leur situation familiale, on se rend compte qu'ils ont été en général privés de la figure paternelle dans leur enfance, soit qu'il y ait eu séparation des parent, soit que le père ait été absent à sa famille, trop préoccupé par son travail ou ses loisirs personnels pour consacrer un peu de temps à ses enfants5.

La privation de la figure paternelle, qui caractérise la plupart des foyers monoparentaux, retentit sur l'ensemble du développement de la personnalité de l'enfant. Les garçons dont le père a été absent du foyer familial occupent la position la plus basse sur une échelle de divers indices de développement moral6. Un rapport étroit entre père et fils valorise non seulement le développement moral de l'enfant mais aussi son développement intellectuel. Les garçons qui ont eu un contact quotidien d'au moins deux heures avec leur père obtiennent de meilleures notes à l'école et les résultats de leurs tests scolaires sont d'environ une année supérieurs à leur niveau. A l'inverse, les résultats des tests accomplis par des garçons qui ont eu peu de contact avec leur père sont au dessous de leur niveau et leurs notes en classe sont médiocres ou insuffisan tes7.

Armand Nicholi a étudié plusieurs centaines d'étudiants mâles qui avaient abandonné leurs études à l'Université d'Harvard pour des raisons psychiatriques. La caractéristique diffuse de ces étudiants était un isolement marqué, avec aliénation par rapport à leurs parents, en particulier par rapport à leur pères8.

D'autres études ont montré que 50% des adolescents qui ont tenté un suicide et pratiquement autant de ceux qui l'ont réussi provenaient de familles où le père était absent9.

Une étude faite sur 47.000 élèves des écoles publiques dans 121 communautés des Etats Unis a montré que les enfants de parents seuls encourent plus de risques sur le plan de leur santé que les autres10. Ils se suicident aussi plus deux fois plus facilement.

Urie Bronfenbrenner examinant les résultats d'une étude portant sur les enfants de familles monoparentales montre que les enfants qui grandissent dans des familles où le père est absent ont un plus grand risque de rencontrer des problèmes éducatifs, avec indolence ou hyperactivité, manque d'attention ou mauvaise conduite en classe, mauvais résultats scolaires, absentéisme, abandon de l'école, participation à des groupes de pairs socialement aliénés. Ces enfants expérimentent plus fortement le "syndrome de l'adolescent" - consommation d'alcool, tabagisme, expériences sexuelles précoces et fréquentes, attitude cynique face au travail, grossesses juvéniles, et, dans les cas les plus graves, usage de la drogue, violence, vandalisme, actes crimi nels, suicide. Ces symptômes sont plus prononcés chez les garçons que chez les filles11.

Wallerstein et Kelly ont étudié sur quinze ans un groupe de familles divorcées. A l'annonce du divorce à venir, 90% des enfants éprouvèrent choc, douleur opprimante et peur. Tout de suite après le divorce les deux tiers des enfants, en particulier les plus jeunes, ressentaient l'absence du père avec une intensité qualifiée d'"émotionnante" par les auteurs. Cinq années après le divorce 37% des enfants étaient modérément ou gravement déprimés, profondément malheureux et mécontents de leur vie, et leur état de tristesse était plus fort que une année et demi après le divorce. Dix années après le divorce 41% des enfants se trouvaient dans des conditions défavorables face à la vie, dans laquelle ils entraient comme de jeunes adultes soucieux, au rendement inférieur à la moyenne, un sentiment d'autodépré ciation et parfois de rage envers eux-mêmes12.

Si la situation des enfants vivant avec un seul parent à la suite d'un divorce ne peut être estimée heureuse, il semblerait que celle des enfants vivant dans des familles "recompo sées", avec leur mère et un "beau-père", soit pire. Alors que 5,5% des enfants vivant avec leurs deux parents présentent des difficultés à apprendre, ce pourcentage s'élève à 7,5% chez les enfants vivant avec la mère biologique séparée du père, et à 9,1% chez les enfants vivant avec leur mère et un beau-père. 8% des enfants vivant avec leurs deux parents présentent un problème émotif ou de comportement. Ce pourcentage s'élève à 19,1% chez les enfants vivant avec la seule mère biologique et à 23,6% chez ceux vivant dans une famille "reconstruite". 14,6% des enfants vivant avec leurs deux parents ont un problème émotif, de développement ou d'apprentissage; ce pourcentage monte à 24,8% chez les enfants vivant avec la seule mère biologique, et à 29,6% ceux vivant dans une famille "reconstituée"13. La "National Health Interview Survey on Child Health" de 1988, qui a examiné 17.110 enfants sur toute l'étendue des Etats Unis a donné des résultats compara tifs14.

Faiblesse de la personnalité, tendance au narcissisme, manque de confiance en soi, difficultés dans les relations sociales, développement intellectuel inférieur à la moyenne, persistance du niveau moral à un stade fruste avec manque de développement de la conscience et du jugement, difficultés à entrer dans une relation conjugale stable à cause de la labilité affective et de l'égoïsme de la personne, désintérêt vis à vis des enfants et de leur éducation, et, dans les cas plus graves, tendance à une attitude aliénée vis à vis de la société, avec crime ou suicide, tel est le tableau désolant que laisse donc derrière eux l'absentéisme parental, la démission des parents de leur rôle éducatif, et, plus encore, la rupture du foyer familial par le divorce, suivi souvent d'une "recomposition" imposée à l'enfant et volontiers dévastatrice.

Ce constat nous conduit naturellement à nous demander en quoi et comment la famille intervient pour aider l'enfant à mûrir psychiquement, intellectuellement et moralement, et à acquérir son individualité d'abord, sa personnalité adulte équilibrée et responsable, ensuite.

 

II - LE RÔLE DE LA FAMILLE DANS LA CROISSANCE PSYCHOPHYSIQUE DE L'ENFANT

 

Les sciences humaines nous ont beaucoup appris ces dernières années sur la famille et son rôle dans l'éducation. Psychologues, moralistes et philosophes se complètent pour nous donner un tableau cohérent du développement psychique de l'enfant dans sa famille.

A - FAMILLE ET PETITE ENFANCE: L'OEUVRE DE D.W. WINNICOTT

D.W. Winnicott, pédiatre, psychologue, et psychanalyste, a défriché le terrain jusqu'à lui bien mal connu du développement psychique du petit enfant 15.

D.W.Winnicott s'est intéressé à l'éducation de l'enfant de son point de vue de médecin, c'est-à-dire à partir de ce qu'il constatait chez les enfants qui lui étaient confiés pour des troubles de leur développement psycho-affectif. Ce faisant, D.W. Winnicott s'est vu obligé de reconnaître l'importance que l'éducation familiale avait pour le futur développement de l'enfant et l'éveil de ses facultés intellectuelles, et en particulier de sa créativité et de ses capacités de socialisa tion.

Mais il y a plus: non seulement Winnicott a montré l'impor tance de la présence éducationnelle des parents à l'enfant, et la grande responsabilité des parents à cet égard, mais encore il a expliqué pourquoi rien ne peut remplacer la famille dans l'éducation. C'est ceux qui ont accueilli l'enfant avant même sa naissance, et dès son premier cri, ceux qui l'ont alimenté journellement et lui ont donné confiance dans la vie par leurs gestes d'affection renouvelés qui peuvent introduire au mieux l'enfant dans ce monde extérieur inconnu où tout pour lui est à apprendre. Et les parents spontanément, naturellement, savent faire cette introduction au monde - dans la mesure toutefois où ils ne transforment pas leur enfant en un jouet ou en une possession -.

Qu'est-ce que les parents doivent apprendre à leur enfant? Pour D.W. Winnicott, il s'agit avant tout, pour les parents, de transmettre à l'enfant leur "héritage", cet ensemble complexe de sens moral, de culture, de traditions familiales qui est la grande richesse de l'humanité et qui intervient beaucoup dans la formation de l'identité personnelle.

Par ailleurs, les parents doivent éveiller l'intérêt de l'enfant pour le monde, ce qu'ils font naturellement s'ils sont eux-mêmes intéressés à ce monde. Pourquoi les parents sont-ils à cet égard plus efficaces que l'école ou les éducateurs spécialisés? à cause de leur relation unique, affective, à l'enfant. Par contre, si cette relation n'existe pas, si les parents sont absents, s'ils se querellant sans cesse, ou s'ils sont séparés, cette éducation, devenant beaucoup moins crédible, aura bien des difficultés à se faire.

De son expérience de consultant D.W.Winnicott a tiré un autre enseignement: la créativité de l'enfant, son équilibre psycho-affectif, sa capacité d'entrer en relation avec les autres sont liés, selon lui, non pas au monde intellectuel de la logique et de la mémoire - mis en jeu dans l'éducation scolaire - mais à l' "espace transitionnel" de la psyché, situé entre la perception et l'analyse rationnelle, espace de l'affectivité et de la créativité, espace aussi de la culture, de la religion, des idéaux et du sens moral. C'est cet "espace intermédiaire", capital pour le futur développement psycho-affectif de l'enfant que l'éducation familiale a la responsabilité de développer.

Dans cette même perspective, D.W. Winnicott s'est beaucoup intéressé au développement du sens moral de l'enfant, car il avait eu à traiter des cas difficiles d'enfants a-moraux et donc a-sociaux, très agressifs. Pour D.W. Winnicott l'éducation morale de l'enfant était peut être la part la plus difficile et la plus importante de l'éducation familiale, car c'est aux parents qu'il revient d'éveiller le sens moral de leur enfant, en rapport avec son degré de maturité. C'est l'exemple de la vie et des attitudes des parents qui constitue pour l'enfant sa véritable école de moralité. C'est uniquement dans la mesure où l'enfant réalise que l'enseignement moral donné par la parole des parents se vérifie dans leur vie que cet enseignement est accepté comme authentique et intégré.

Dans son analyse sur l'éducation D.W. Winnicott s'en prend à ceux qui, sous prétexte d'une "maïeutique" à la Socrate, ne fournissent aucun élément directionnel, aucune valeur, aucun idéal à leur enfant: il les compare à des professeurs de musique qui, sous prétexte de respecter la créativité de leurs élèves les laisseraient découvrir et reconstruire les règles du solfège par eux-mêmes.

D.W. Winnicott dénonce vigoureusement l'idée de la "tabula rasa" à partir de laquelle l'individu pourrait, par de libres choix successifs, avancer dans la vie d'une façon parfaitement libre, sans avoir à subir les conditionnements de la famille et de l'école. Et il souligne le devoir des parents et des éducateurs de proposer aux jeunes placés sous leur responsabilité des directions, des valeurs, des idéaux, en les laissant bien sûr libres de leurs choix ultérieurs.

B - LA FAMILLE ET LES DIFFÉRENTES PHASES DU DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITÉ DE L'ENFANT: PIAGET, KOHLBERG, ERIKSON.

W.R.Winnicott n'a exploré que le domaine de la petite enfance. La question du développement psychique et moral de l'enfant, et de la formation de sa personnalité dépasse le cadre de ces travaux. Elle ne les contredit pas. Psychologues, sociologues, philosophes, et moralistes s'accordent à dire que la famille, en étant le lieu où se développe l'enfant, et où il trouve ses modèles d'identification, est véritablement "la matrice de l'identité"16, tout au long de la croissance de l'enfant, jusqu'à l'âge du jeune adulte. Si l'on ne tient pas compte de la famille, il est difficile, voire impossible, de comprendre le développement de la personne humaine.

1) J.Piaget

Depuis J.Piaget17 on sait l'importance des processus d'imitation et d'identification dans le développement psychique, cognitif et moral de l'enfant, processus où les parents, puis l'école, et enfin le groupe social jouent tour à tour leur rôle.

Cependant, les études plus récentes ont montré que l'on ne pouvait réduire l'éducation à un dressage, à un passage d'infor mations, ou à un processus de reproduction.

2) L.Kohlberg

La contribution des travaux de L.Kohlberg18 à notre connais sance du développement moral de l'enfant a été à ce point de vue déterminante. Kohlberg nous a appris à comprendre ce développe ment comme un "changement d'horizons" successif où l'individu est appelé à passer de l'horizon le plus étroit (Preconventional moral reasoning) à l'horizon le plus large (Universal ethical principles).

La grande valeur de l'apport de Kohlberg est de nous avoir montré que cette succession de passages ne s'effectue pas, comme le disait la théorie Freudienne, dans un processus de condition nement ne faisant pas place à la raison, mais au contraire selon un processus de développement personnel, faisant une large place au raisonnement et au sens de la responsabilité propre.

Dans ce développement progressif du sens moral chaque stage de développement a sa logique et sa cohérence propre, et les stages se succèdent selon une séquence invariable, chacun des stages assumant le stage précédent et le portant à un niveau de moralité supérieur. Il s'en faut d'ailleurs que tous les individus atteignent les stages ultimes. Parents, famille élargie, puis école et groupe social interviennent successivement et de façon parallèle pour aider l'enfant à s'élever du niveau moral "préconventionnel" (1), à celui de l'"individualis me"(1,2) puis à celui conventionnel (2) et "postconventionnel"(3).

Le résultat des vingt dernières années de recherche, en de nombreux pays, et par de nombreux auteurs, a confirmé la justesse de cette présentation: l'enfant n'"apprend" pas le raisonnement moral en imitant ses aînés (sauf si ceux-ci étaient eux-mêmes arrêtés à des niveaux inférieurs de moralité). Il passe d'un système logique à un autre, en fonction de son propre développe ment intellectuel, pour pouvoir atteindre, vers l'âge de 12 ou 13 ans, le genre de logique morale utilisée par les adultes. Il n'y a pas "imposition" d'un système moral, mais développement autonome, au travers d'une série d'interprétations différentes de ses expériences et de l'interaction sociale19.

Les parents et la famille élargie, qui constituent le milieu où l'enfant accomplit le passage des trois premiers stades de moralité, ont donc une influence considérable sur la facilité avec laquelle l'enfant peut effectuer ce passage, non pas tant parce que ce milieu "dit" à l'enfant, que par le terrain d'expérience morale où il lui est donné d'évoluer, c'est-à-dire par les exemples d'interaction morale que les parents offrent à l'enfant. Si les parents vivent à un niveau de pur individualisme ou de conventionnalité morale, il est certain que l'enfant ne trouvera pas chez eux l'interaction qui lui permettrait d'accéder facilement et rapidement à un niveau postconventionnel.

3) Erik Erikson

L'oeuvre de Erik Erikson apporte un riche complément aux analyses de Kohlberg, en soulignant en particulier le rôle joué par la famille - parents et famille élargie - dans le développe ment de la personnalité de l'enfant.

Dans son livre "Childhood and Society"20, Eric Erikson, un des meilleurs interprètes de la doctrine psychanalytique revue et affinée à la lumière des connaissances contemporai nes, suggère que la personne humaine se développe en réponse à huit périodes critiques de son développement, qui sont toutes en relation étroite avec le cadre familial: c'est au travers de ces phases que l'individu acquiert son identité et développe sa personnali té, en cherchant, à chaque étape, à atteindre la maîtrise du thème correspondant, et à en surmonter les difficultés cachées. Dans aucune de ces phases l'individu ne possède une personnalité définitive, mais il la soumet à une élaboration continue, au travers d'une transaction entre lui-même et la personne qui lui paraît la plus significative à l'étape donnée.

Durant la première enfance, qui est l'étape où s'établit la "confiance fondamentale", face à la tentation de la défiance, s'instaure un rapport très étroit et rassurant entre la mère et l'enfant. Erikson, rejoignant là D.W. Winnicott, montre comment c'est l'aspect qualitatif, plus que quantitatif, des soins maternels, associés au bien être physique et psychologique, qui détermine chez le bébé les premières expériences de vie sociale.

Dans la seconde période (autonomie contre tentation du doute), la mère continue d'être très importante pour le développement de l'enfant, mais le père et les personnes de l'environnement immédiat de l'enfant prennent aussi leur place. Leur attitude devient très importante pour le développement de l'enfant. Elle doit être ferme, et en même temps assez tolérante, ce qui permet à l'enfant de développer sa capacité à s'autogou verner et s'autocontroller. C'est alors qu'apparaît la première forme, très rudimentaire, de conscience, qui prend pour modèles les parents.

Puis l'enfant, au fur et à mesure que s'accroît sa motilité, se rend compte qu'il n'est pas différent des adultes qui l'entourent. Il commence à englober en lui-même, outre les caractéristiques et les traditions, les goûts et les critères de la culture où il vit. Les parents, en jouant alors avec leur enfant et en passant du temps avec lui, peuvent lui transmettre leur mode de s'identifier avec un ensemble d'idées et de valeurs qui dépassent leur propre personne. L'enfant qui se développe cherche à entrer en contact avec d'autres personnes significati ves. Les amis de ses parents, les parents de ses amis, le monde des pairs et les pairs eux mêmes prennent une importance nouvelle. La vicinité et l'école deviennent des lieux de socialisation importants. Erikson place durant cette période qui va de la petite enfance aux débuts de l'école les phases d'initiative (contre le péché), et de laboriosité (contre l'infériorité).

Avec l'acquisition du sens de l'identité (contre la tentation de la confusion), dont Erikson fait sa cinquième phase, le sujet a désormais acquis la maîtrise des problèmes de l'enfance, et est prêt à affronter les épreuves que le monde des adultes lui présente. L'enfant tente de trouver sa situation définitive dans ce monde et son sens de l'identité se renforce avec la possibilité qu'il réalise de faire partie d'un tout plus ample, de devenir quelqu'un en qui les autres pourront avoir confiance et font confiance. Le sujet va devoir se construire un modèle de vie personnalisé, et ceci sera valable aussi bien dans la sphère politique qu'au travail. Il doit être capable, pour la réalisation de sa pleine identité, de s'identifier avec la société dans laquelle il vit.

Pour Erikson, l'identité du "Je" n'est pas tant la somme des identifications infantiles que l'expérience acquise de la capacité du "Je" à intégrer les identifications successives, les vicissitudes de la libido, les attitudes développées à partir des talents personnels, et ce que lui offrent les rôles sociaux.

La position d'Erikson est intéressante, car tout en se plaçant dans la ligne Freudienne dont elle hérite les intuitions (complexe d'Oedipe), cet auteur dépasse la vision assez étroite de l'individu encadré dans le triangle enfant-père-mère, pour le voir entrer en relation, non seulement avec ses parents, mais aussi avec les membres de la famille élargie, et, par delà, avec l'horizon social, école, groupes de jeunes, église, etc..).

C - LE RÔLE INTÉGRATEUR DE LA FAMILLE MULTIGÉNÉRATIONNELLE

1) La famille est un organisme dynamique, multigénérationnel

Ces différentes périodes de maturation de l'enfant identi fiées par les travaux de la psychologie moderne interviennent donc toutes dans le contexte de la famille, et dans un contexte conditionné par la famille, ce qu'Erikson appelle le cadre ou l'héritage historico-culturel.

Cependant il ne faudrait pas concevoir ce contexte familial comme quelque chose de statique21. La famille elle-même est un organisme dynamique qui a son propre cycle de développement. On peut d'ailleurs concevoir la vie de famille selon une progression en sept phases: la cour, le mariage, l'expansion (de la crois sance du premier enfant jusqu'à la venue du dernier), la consolidation, la contraction (moment où les enfants quittent la famille pour fonder la leur), le rapport conjugal final, et la disparition22. A chacune de ces phases, la famille a une tâche de développement à remplir, pour son bien propre comme pour celui de chacun de ses membres23.

Le noyau familial est en réalité un sous-système de la famille à trois générations. Il faudrait d'ailleurs mieux parler, à propos du noyau familial, d'une intersection de deux familles à trois générations, le mariage comportant l'union de deux familles, avec leurs propres expériences et leurs propres modes de vie. Chaque conjoint apporte avec lui non seulement les modes de penser, de croire, d'évaluer les choses et d'agir, mais encore les problèmes non résolus propres à sa famille.

2) Cette famille multigénérationnelle est intégrative

Le rôle de la famille dans la socialisation de l'enfant et la stabilisation de sa future personnalité d'adulte est bien reconnu par les psychologues, ainsi que nous venons de le voir. Moins bien reconnu par contre est son rôle intégrateur. Nichols et Everett24 observent, à ce point de vue, que la famille joue un rôle à toutes les étapes de la vie des enfants, et non pas seulement au moment de leur maturation: en plus de son rôle dans la formation de la personne, elle a aussi un rôle dans son fonctionnement. Elle continue d'intervenir sur les membres de la famille après que ceux-ci se soient détachés du noyau familial originel. La famille est donc intégrative au travers des processus familiaux qui agissent sur plusieurs générations.

3) La famille multigénérationnelle fonctionne comme un organisme

Pour se rapprocher d'une compréhension plus exacte du rôle joué par la famille dans le développement de la personnalité de l'enfant, il faut donc penser la famille en terme d'au moins trois générations. Dans cette famille, les époux deviennent parents sans cesser d'être eux-mêmes enfants, quoique ce rapport change lui-même de caractère avec le vieillissement de leurs parents qui deviennent grand parents.

Il faut se représenter la famille comme un système dans lequel les différents membres et les sous-systèmes interagissent les uns sur les autres à la façon des organes dans le corps humain. Comme la personne humaine, chaque famille humaine évolue comme un tout, selon sa façon spécifique.

4) La nécessaire solidité du sous-système des époux

Trois sous-systèmes doivent être distingués à l'intérieur du système du noyau familial, avec leurs propres interactions et leurs propres rapports: le sous système des époux, le sous-système parent-enfant, et le sous-système frère-frère ou frère-soeur. Il est cependant clair que la place primordiale est à donner au sous système des époux. De la qualité du rapport conjugal dépend en effet l'évolution de tous les autres sous systèmes. Comme le disent Nichols et Everett, il est nécessaire que, dans la famille humaine, les époux forment entre eux une coalition solide et maintiennent une distinction entre les génération, c'est-à-dire entre eux comme époux et parents et leur progéniture, afin d'assurer au mieux le développement des enfants.

5) Rôles respectifs du père et de la mère dans le système familial

Dans ce système qu'est la famille multigénérationnelle, chaque personne doit jouer le rôle qui lui est propre, et qui est le plus adapté au bon fonctionnement de l'ensemble. Le rôle capital de la mère dans l'établissement de la confiance primor diale du petit enfant et dans son individuation a été évoqué plus haut. Il faut insister ici sur le rôle du père. Un des mérites de la pensée Freudienne est d'avoir souligné ce rôle et d'en avoir tenté une explication. Avec les apports de Winnicott et de Kohlberg ce rôle apparaît aujourd'hui plus clair et plus ample que ce que n'en disait Freud. Si la mère introduit dans la confiance et l'individuation, le père introduit dans la sociali sation avec ses aspects historico-culturels et moraux.

Sa présence active auprès de l'enfant, son appui et son soutien apparaissent aujourd'hui essentiels au développement harmonieux de l'enfant et de sa personnalité, tout particulière ment en ce qui concerne les garçons. Les études dont il a été fait état plus haut ont confirmé que les garçons qui ont une forte identifica tion avec la figure du père ont également une plus forte capacité au jugement moral, et une plus forte adhésion aux valeurs morales que ceux dont l'identification au père est faible.

D - LA FAMILLE COMME LIEU ORIGINAIRE DE L'EXPÉRIENCE MORALE

Ces études psychologiques ou sociales montrent donc que la famille joue son rôle dans le développement de la personnalité de l'enfant en le faisant entrer dans un système de relation et d'expérience humaine dans lequel il acquiert successivement confiance en ses parents et en lui-même, autonomie et ouverture à l'altérité.

Ce point de vue psycho-social ne nous dit cependant pas tout sur le fonctionnement familial, et la façon dont la famille unie, solidaire, et où se vit la réciprocité est le lieu idéal pour la formation de la personnalité humaine. Le point de vue moral et le point de vue philosophiques viennent heureusement compléter cette présentation.

C.Pinto De Oliveira25, présente de fait la famille comme "le lieu originaire de l'expérience morale", le "système social fondamental, médiateur entre le capital héréditaire de l'être humain qu'elle met au monde et l'entourage culturel qui l'ac cueille et lui permet de développer ces potentialités héréditai res.

La famille est ainsi reconnue comme "matrice" de la personne, et donc, indirecte ment, de la société. C'est à ce point de vue qu'on peut l'appeler "cellule de base de la société".

La famille, source de la vie biologique, est aussi source de la vie culturelle et morale de la personne puisque le devenir de l'être humain qui advient au sein de cette famille, son processus de personnalisation, dépendent d'abord du milieu familial. A ce titre, la famille a une fonction essentiellement médiatrice entre nature (c'est-à-dire le donné biologique, l'homme comme être potentiellement moral, trouvant en son coeur la loi morale naturelle comme l'image enfouie dans la pellicule photographique non encore revélée) et culture (les variables au sein desquelles l'homme se réalise historiquement et apprend à lire la loi morale naturelle).

Par delà ce fondement naturel, très général de la moralité humaine, peut on définir des valeurs familiales universelles? La famille est toujours un modèle idéalisé, où l'on vit toute une constellation de valeurs - amour, réciprocité, justice, liberté, solidarité, reconnais sance mutuelle, compréhension, acceptation d'autrui, attention à l'autre, responsabilité partagée, accueil de la vie, générosité,etc..- Ces valeurs désignent des biens qui s'imposent d'eux-mêmes à l'être humain, de façon absolue, comme dignes de l'homme, bonté et source de bonté pour tout homme.

Ces valeurs peuvent recevoir une formulation universelle, relevant de la raison théorique. Mais, en elles mêmes, en tant que principes premiers de l'action, elles ont une valeur pratique et renvoient à la recherche des conditions qui permettent leur exercice.26.

Quelque soit la variabilité historique du "modèle familial" réalisé, l'éducation morale donnée par la famille garde sa valeur essentielle, parce qu'elle est vécue dans le cadre d'une application pratique de tous les instants où l'enfant fait l'expérience du bien et du mal moral et peut passer, aider par le modèle de ses parents, du principe de conformité de sa petite enfance à l'exercice d'une véritable liberté, dans le cadre d'options morales personnelles.

E - LA FAMILLE COMME LIEU DE L'AMOUR VÉCU.

Pour les philosophes personnalistes27 , la famille ne peut se réduire à l'union des sexes ou à la plus petite communauté sociale, fondement de la société; elle est plus qu'une fonction, plus qu'une utilité; elle est le lieu où se vit l'amour, "le lieu de la parfaite réciprocité"; aucune autre institution ne peut prétendre occuper cette place.

Un philosophe très représentatif de cette tendance est Jean Lacroix28. Jean Lacroix s'est intéressé à la famille, à ce qui la constitue, à son sens; et il a été amené à rechercher la vérité sur l'éducation familiale. Que dit Jean Lacroix? La première des choses qui fait la famille et définit son rôle est la volonté d'union des conjoints; aucune union ne peut prétendre au titre de famille si elle ne se traduit pas par un engagement réciproque, total et absolu, à la hauteur de l'amour-autodonation des conjoints.

Le rôle éducateur de la famille n'est pas quelque chose en plus, secondaire, il vient de cette volonté d'union, qui se concrétise dans l'enfant. L'enfant n'est pas le "but" ou la "fin du mariage, il en est "l'idée incarnée" dit Jean Lacroix29. Jean Lacroix ne se contente pas de s'émerveiller devant cette grandeur "miraculeuse" de l'homme et de la femme qui fait que, normale memt, ils sont féconds, créateurs de vie. Car cette "création" de vie à laquelle ils participent ne s'arrête pas à la grossesse et à la naissance de l'enfant: "l'éducation" écrit Jean Lacroix" fait partie de la naissance à développer"30. Etre "pro-life" ce n'est pas seulement vouloir préserver la vie de l'enfant dans le ventre de sa mère; c'est aussi s'inquiéter des conditions d'éducation de l'enfant.

L'éducation est ce pour quoi la famille, institution naturelle, est faite, et ce au travers de quoi elle se fait; elle n'est pas un dressage, elle n'est pas un enseignement, elle est un "apprentissage". Elle forme l'homme "par l'école des senti ments"31, qui est l'école la plus puissante. A ce titre, la famille est le véritable lieu d'éducation, si l'on veut bien voir dans l'éducation la formation des tendances fondamentales, intellectuelles et affectives, ayant pour objet la nature et nos semblables. "L'éducation des enfants, c'est la famille se faisant"32 conclut Jean Lacroix33.

 

III - LE POINT DE VUE DE L'EGLISE

 

Le psychologue a parlé, le philosophe a parlé, le moraliste a parlé. Il était nécessaire de montrer que les sciences humaines, aujourd'hui, s'accordent à reconnaître l'importance de l'éducation familiale dans le développement de l'être humain vers son plus grand épanouissement, et tel est bien l'objet de l'éducation. L'Eglise reprend à son compte ces analyses en leur donnant un horizon plus large parce qu'elle parle à partir de la vérité anthropologique de l'homme et, plus particulièrement, de la vérité de la sexualité humaine, telle qu'elle apparaît dans l'institution, les biens et les fins du mariage.

A - OMBRES ET LUMIÈRES: LE CONSTAT FAIT PAR L'EGLISE

Les informations qui nous parviennent, en particulier des commissions de la Pastorale Familiale et des mouvements fami liaux, montrent que les situations, sur le plan du développement de la personnalité des jeunes, si elles varient beaucoup d'un pays à l'autre, ont cependant aujourd'hui un commun dénominateur, que l'on soit à Strasbourg, Londres, Chicago, Taiwan, Singapour, Bangcock, Abidjan ou Brazzaville. Ce commun dénominateur est l'état de la famille où grandit l'enfant.

La désunion des familles, les infidélités des parents, leur refus ou leur peur d'assumer leur rôle d'éducateur ont, à l'évidence, un impact très négatif sur les jeunes. A l'inverse, dans les groupements chrétiens dont nous nous occupons, et dans les mouvements apostoliques qui collaborent avec nous, nous rencontrons tous les jours des adolescents équilibrés, "bien dans leur peau", actifs et responsables.

Nous faisons la même constatations dans les mouvements de jeunes avec lesquels nous sommes plus étroitement en contact: dans les mouvements scouts, par exemple, nous ne rencontrons pas un "portrait robot" de l'"adolescent contemporain", mais des visages très différents, et, derrière ces disparités la présence ou l'absence d'une famille. Il est clair, par exemple, que les enfants qui ont des problèmes de drogue viennent de foyers soit désunis, soit avec peu d'enfants (fils unique), soit quasi mono-parentaux (mari non présent à ses enfants, n'exerçant aucune autorité dans le foyer). Chez ces enfants que le mouvement scout aide, au travers de l'amitié qu'ils y rencontrent, à sortir de leurs impasses, c'est la figure du père qui est, en général, présentée de façon très négative (absence d'affection, relations familiales ressenties comme artificielles, imposées par la nature des choses; ou père clairement infidèle à son épouse).

Le rôle du Conseil de la Famille n'est pas cependant de se livrer à des enquêtes sociologiques, mais de rappeler le message du Christ sur la sexualité humaine et la famille: bien des problèmes actuels que l'on constate chez les jeunes et dans les relations parents-jeunes sont liés à ce que les familles, trop souvent, ne sont pas ce qu'elles devraient être, c'est-à-dire qu'elles manquent de communion et d'amour.

Nous constatons donc chez nombre d'adolescents et de jeunes adultes, aujourd'hui, des déséquilibres sur lesquels enquêtes sociologiques et analyses des psychologues ont attiré l'attention de façon répétée: instabilité affective, immaturité, tendances narcissiques, incapacité d'assumer des responsabilités, adoles cences prolongées où l'adulte jeune reste au crochet de ses parents, incapable de prendre son autonomie et de fonder un foyer, recours à la drogue, ou même toxicodépendance vraie, inquiétudes sur l'identité et développement des tendances homosexuelles chez les garçons, attrait enfin pour la violence, voire pratique de la violence. Tous ces maux ne sont pas venus par hasard. Ils sont le plus souvent liés à une crise de la famille, à la démission des parents vis à vis de leur rôle d'éducateurs, à l'instabilité des couples, avec la plaie des divorces qui retentissent douloureusement chez les adolescents qui les subissent.

Notre récent document "Vérité et Signification de la Sexualité Humaine"(1996) se fait l'écho de ces déséquilibres chez les adolescents qui grandissent dans des familles désunies où l'on ne vit pas l'amour:

"Certaines carences graves ou certains déséquilibres qui viennent à marquer le comportement des parents (par exemple l'absence dans la vie familiale de l'un ou des deux pa rents, leur désintérêt pour l'éducation de leurs enfants, ou leur excessive sévérité) sont des facteurs capables de provoquer chez l'enfant de fortes atteintes émotionnelles et affectives qui peuvent perturber gravement son adoles cence et parfois le marquer pour la vie"(Vérité et Signifi cation de la Sexualité Humaine, 51)

Or on constate en parallèle, dans ces familles qui ont su garder le sens de la communion, du don de soi, des valeurs, où les parents se comportent en éducateurs à la liberté et à la responsabilité, des signes très positifs chez les jeunes qui ont la chance d'y être non seulement élevés, mais éduqués. C'est en se référant à ces exemples que notre Document sur la sexualité peut dire:

"Il est nécessaire que les parents trouvent le temps de vivre avec leurs enfants et d'entretenir avec eux un dialogue. Les enfants, don et responsabilité, sont leur tâche la plus importante, même si elle ne paraît pas très rentable: ils sont plus importants que le travail, plus importants que les distractions, plus importants que la position sociale (Vérité et Signification de la Sexualité Humaine, 51) .

Le plus important à faire par les parents, dans cet effort d'éducation de leurs enfants, est de savoir leur donner du temps, les écouter, s'efforcer de les comprendre34.

Notre Conseil, toujours dans ce document, s'est attaché à montrer l'importance de la présence des parents à l'adolescent, au moment où celui-ci prend progressivement possession de sa personnalité et cherche à entrevoir sa vocation personnelle35.

C'est pourquoi notre Conseil, bien conscient des problèmes actuels vécus par les jeunes et leur famille ne peut que rappeler que ces problèmes ne sont pas irrémédiables, et que tout ce qui pourra aider les familles à se stabiliser et à reprendre leur rôle dans l'éducation aura un impact positif sur les jeunes de nos pays.

B - LE DEVOIR D'EDUCATEUR DES PARENTS

1) Gaudium et Spes

La base de la doctrine actuelle de l'Eglise en la matière est le document sur "l'Eglise dans le monde de ce temps", Gaudium et Spes(1965) du Second Concile du Vatican, dans son chapitre 50. Dans ce document traitant du mariage, le Concile présente de façon claire la tâche d'éducateurs des parents comme une partie essentielle de la vie du couple, au même titre que la procréa tion. Il ne s'agit plus simplement de mettre au monde des enfants. Les parents apprennent du Magistère que cette procréa tion se continue dans une éducation qui fait partie de leur vocation d'époux:

Le Concile affirmait:

"C'est par sa nature même que l'institution du mariage et l'amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l'éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronne ment."(GS.48.1)

"Le mariage et l'amour conjugal sont d'eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l'éducation".(GS.50.1)

Le texte Conciliaire présente les parents comme participant à l'oeuvre créatrice de Dieu, au travers d'un engendrement des enfants qui n'est plus compris sous son aspect simplement biologique, procréatif, mais aussi sous son aspect éducationnel. Le Concile écrit à ce point de vue:

"Dans le devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d'être des éducateurs (ce qu'il faut considérer comme leur mission propre), les époux savent qu'ils sont coopérateurs de l'amour de Dieu et comme ses interprètes."(GS.50.2)

Le document Conciliaire souligne le fait que ce devoir d'éduca tion est le fait des deux parents, agissant de concert et en accord36.

En présentant le rôle du père et le rôle de la mère dans cette éducation, le Document Gaudium et Spes nous fait rentrer dans une nouvelle problématique: ces rôles ont changé, dit-il, il y a une certaine incertitude à leur égard, et même une certaine préoccu pation, parce que la mère n'est plus forcément au foyer:

"La présence agissante du père importe grandement à leur formation; mais il faut permettre à la mère, dont les enfants, surtout les plus jeunes, ont tant besoin, de prendre soin de son foyer sans toutefois négliger la légitime promotion sociale de la femme"(Gaudium et Spes nº52)

2) Gravissimum Educationis (1965)

La Déclaration sur l'éducation chrétienne, Gravissimum educatio nis, reprend encore plus fortement cette idée, en ajoutant que ce rôle d'éducateurs des parents, droit et devoir, est insubsti tuable:

"Les parents, parce qu'ils ont donné la vie à leurs en fants, ont la très grave obligation de les élever et, à ce titre, doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs. Le rôle éducatif des parents est d'une telle importance que, en cas de défaillance de leur part, il peut difficilement être suppléé"(Gravissimum Educationis nº3)

3) Familiaris Consortio (1981)

Treize ans après Gaudium et Spes, l'Exhortation apostolique Familiaris consortio (22/11/1981), vient développer et approfon dir le thème de l'éducation familiale.

Le Pape souligne d'abord que cette éducation n'est pas quelque chose "en plus" ou "à part" de la procréation, mais qu'elle en est l'épanouissement:

"La fécondité de l'amour conjugal ne se réduit pas à la seule procréation des enfants, même entendue en son sens spécifiquement humain: elle s'élargit et s'enrichit de tous les fruits de vie morale, spirituelle et surnaturelle que le père et la mère sont appelés à donner à leurs enfants et, à travers eux, à l'Eglise et au monde" (Familiaris Consortio nº28).

Il y a, ajoute Jean Paul II, quelque chose dans l'éducation familiale d'essentiel, de primordial, d'original et d'irremplaça ble et d'inaliénable, qui font que le droit des parents à éduquer leurs enfants est aussi un devoir37.

L'Exhortation consacre deux paragraphes à la question de la femme, de sa dignité, de la reconnaissance de son rôle social, comme épouse et mère 38. Pour que cette reconnais sance puisse avoir lieu, le texte synodal demande à ce que "le travail de la femme à la maison soit reconnu et honoré par tous dans sa valeur irremplaçable". Le texte ajoute que "la société doit pourtant se structurer de telle manière que les épouses et les mères ne soient pas obligées concrètement à travailler hors foyer"(23)

Familiaris Consortio ne s'intéresse pas qu'aux épouses. L'exhortation post-synodale consacre tout un paragraphe aux époux.

- l'homme est avant tout appelé à prendre au sérieux sa paterni té: "L'amour envers sa femme devenue mère et l'amour envers ses enfants sont pour l'homme la route naturelle menant à la compréhension et à la réalisation de sa paternité".(nº25)

- L'exhortation met en garde les pères contre ce qui pourrait être une tendance à l'absentéisme paternel:

"Là surtout où les conditions sociales et culturelles poussent facilement le père à se désintéresser d'une certaine façon de sa famille, ou du moins à être moins présent au travail d'éducation, il faut faire en sorte que l'on retrouve dans la société la conviction que la place et le rôle du père dans et pour la famille sont d'une impor tance unique et irremplaçable"(nº25)

- L'exhortation parle encore du rôle du père pour "garantir le développement unitaire de tous les membres de la famille", et du travail du père qui ne doit pas "désagréger la famille"

- L'exhortation fait aussi état des déséquilibres psychiques et moraux et des difficultés rencontrées par les enfants de "pères absents":

"Comme le montre l'expérience, l'absence du père provoque des déséquilibres psychologiques et moraux ainsi que des difficultés notables dans les relations familiales"

A l'inverse, le "machisme" peut encore exister, opprimant la famille39.

4) La "lettre aux Familles" Gratissimam Sane (1994)

Dans sa "Lettre aux Familles" "Gratissimam sane"(1994) le Pape Jean Paul II est revenu de façon pressante sur ce rôle d'éducateurs des parents:

"Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants et ils ont aussi une compétence fondamen tale: ils sont éducateurs parce que parents"(Lettre aux Familles, Gratissimam sane nº16).

Le Pape présente ce rôle éducatif comme faisant partie intégrante du processus de la procréation:

"Engendrer selon la chair signifie qu'on commence une autre "génération", graduelle et complexe, par tout le processus éducatif"(Gratissimam Sane nº16)

Dans le jugement de conscience au travers duquel les parents, exerçant leur responsabilité propre, décident d'un commun accord d'accueillir un nouvel enfant ou d'en retarder la venue, ce ne sont donc pas seulement des raisons immédiates de santé mater nelle ou de nutrition qui doivent intervenir, mais aussi la capacité (ou l'incapacité temporaire) pour le couple d'assumer sa mission d'éducateur.

C - QUELLE ÉDUCATION ?

"En quoi consiste cette éducation?" demande le Pape Jean-Paul II dans sa "Lettre aux Familles"(L.F.16)

1) Une communication de sagesse

Selon le document conciliaire Gaudium et Spes, un des aspects les plus importants de l'éducation familiale est l'éducation à la vie sociale, à la prise de responsabilité, à la vie adulte; l'éducation familiale doit avant tout permettre aux jeunes de pouvoir fonder eux mêmes une famille et d'y assumer leur futur rôle de parents. Elle ne saurait donc se limiter à un aspect informatif: elle doit être une communication de sagesse humaine40.

2) Une formation à la culture

Un autre aspect important de ce devoir d'éducation des parents, mis en avant par le texte conciliaire, est celui de la formation des enfants à une culture intégrale, et, en premier lieu, aux valeurs transportées par cette culture41.

3) Une éducation à l'amour

Le Document Post-Synodal Familiaris Consortio va au plus profond, à l'essence même de ce qu'est la famille, pour en définir la mission éducatrice: la famille, nous dit le Saint Père, est une "communauté profonde de vie et d'amour" dont la mission est "de devenir toujours davantage ce qu'elle est"(F.C.n º17); donc son principal devoir est d'être fidèle à l'amour.

Ceci a pour nous une conséquence d'emblée très importante, qui apparaissait déjà dans les discours des psychologues, moralistes et philosophes, mais que le texte du saint-Père met pleinement en lumière: le principal devoir d'éducation des parents vis-à-vis des enfants commence par ce devoir d'amour.

Avant même de parler de techniques pédagogiques ou d'école pour leur futur enfant les parents doivent s'aimer, nourrir cet amour, veiller à l'équilibre du couple, organiser les moments de dialogue et de partage, apprendre à ne jamais se disputer devant l'enfant, à ne jamais prendre l'enfant à témoin dans leurs désaccord, et montrer à l'enfant qu'ils savent se pardonner promptement. Cet amour dans lequel doit baigner l'enfance, l'enfant doit être invité à y participer pleinement, en recevant et en donnant42.

Dans cette perspective, la véritable éducation familiale est d'abord et avant tout une éducation à l'amour:

"Tous les membres de la famille, chacun selon ses propres dons, ont la grâce et la responsabilité de construire, jour après jour, la communion de personnes, en faisant de la famille une "école d'humanité plus complète et plus riche". Cela s'accomplit à travers les soins et l'amour donnés aux jeunes enfants, aux malades, aux personnes âgées, à travers les services réciproques de tous les jours; dans le partage des biens, des joies et des souffrances"(F.C.21)

Apprendre à donner et à recevoir, apprendre à obéir et à respecter, apprendre à exercer une liberté véritablement responsable: c'est cela que l'enfant peut trouver dans sa famille, c'est cela le fondement même de l'éducation; une telle éducation trouve sa place de choix dans une famille vivant authentiquement les valeurs chrétiennes du partage, du respect des autres, du pardon, de la liberté43.

Une telle éducation à l'amour n'est pas facile. Elle exige que les parents exercent sans faiblir leur autorité, en la considérant comme un véritable "ministère"44. Plutôt d'ailleurs que de "ministère" il faut parler ici de "service": service pour le bien humain et chrétien des enfants; et qui dit service dit sacrifice: seul un grand esprit de sacrifice permet en effet de sauvegarder et de perfectionner la communion familiale.

Parmi les gestes, les attitudes les plus propres à impres sionner l'enfant et à le diriger vers l'intégration personnelle des valeurs proposées par les parents, le Pape Jean-paul II met au premier rang le pardon, l'expérience de la réconciliation:

"la communion familiale.. exige une ouverture généreuse et prompte de tous et de chacun à la compréhension, à la tolérance, au pardon, à la réconciliation..chaque famille est toujours invitée par le Dieu de paix à faire l'expé rience joyeuse et rénovatrice de la "réconciliation", c'est à dire de la communauté restaurée, de l'unité retrouvée."( Familiaris Consortio N.21).

4) Une éducation aux valeurs

Le document post-synodal Familiaris Consortio détaille ce qu'il entend par "éducation à l'amour". Une des principales responsabilités des parents, dit-il, est d'éduquer l'enfant aux valeurs45.

Parmi ces valeurs le pape cite en premier lieu la liberté devant l'argent, les biens matériels: le document souligne ainsi les carences d'une éducation familiale où l'on a tendance à remplacer l'affection et le temps donné par de gratifications de biens matériels46.

Autre valeur importante à transmettre: le sens de la justice, et, plus encore, le sens du service gratuit des autres: cette éducation ne va pas de soi aujourd'hui, dans un monde où règne l'individualisme et l'égoïsme47. Ce sens du service, du don de soi, valeur spécifiquement chrétienne, sera intégré par l'enfant dans la mesure où il en trouve le modèle vivant chez ses parents48.

Lorsque la famille éduque l'enfant à la communion et au don de soi, elle rend un service irremplaçable à la société à qui elle donne des membres actifs, responsables, et féconds:

"La communion et la participation vécues chaque jour au foyer, dans les moments de joie ou de difficulté, représen tent la pédagogie la plus concrète et la plus efficace en vue de l'insertion active, responsable et féconde des enfants dans le cadre plus large de la société"(Familiaris Consortio nº37)

Le but de ce "ministère", de ce service que les parents doivent exercer auprès de leurs enfants, est "plus particulièrement" de "leur faire acquérir une liberté vraiment responsa ble"(Familiaris Consortio nº21).

5) L'éducation sexuelle

C'est dans la perspective de l'éducation à l'amour comme don de soi que l'Eglise voit les prémisses indispensables d'une éducation sexuelle qui ne soit pas limitée au biologique, mais qui ouvre l'esprit et le coeur de l'enfant à la beauté de l'amour humain considéré d'abord comme don et communion, avant d'en intégrer de façon progressive et adaptée les aspects biologi ques49. Une telle éducation sexuelle doit se faire en famille50. C'est là un point très important dans la situation actuelle, où cet enseignement se fait à l'école sous un aspect purement biologique, a-moral51

Les parents doivent être à ce point de vue pleinement conscients de leurs droits et de leurs devoirs, et ne pas abandonner l'éducation sexuelle de leurs enfants aux soins de l'école; quand à celle-ci, qui doit assurer certes son service dans une société pluraliste qui l'oblige à être neutre vis-à-vis des valeurs religieuses, elle doit respecter l'éducation sexuelle faite par les parents, et même l'encourager, en observant la "loi de subsidiarité" que les éducateurs ont en général à coeur de respecter dans les autres domaines de la connaissance (Familiaris Consortio nº37).

La vertu que les parents doivent savoir faire comprendre et aimer de leurs enfants, au travers de cette éducation sexuelle familiale, est la vertu de chasteté52:

"Dans ce contexte, il n'est absolument pas question de renoncer à l'éducation à la chasteté, vertu qui développe la maturité authentique de la personne, en la rendant capable de respecter et de promouvoir la "signification nuptiale" du corps."(Familiaris Consortio nº37).

Educatrice à la justice, au sens de l'autre, à l'amour, à la responsabilité, aux valeurs culturelles, et préparant le jeune à sa future responsabilité de parent, la famille est donc, comme le dit le document Familiaris consortio "la première école, l'école fondamentale de la vie sociale"(FC 37):

"La communion et la participation vécues chaque jour au foyer, dans les moments de joie ou de difficulté, représen tent la pédagogie la plus concrète et la plus efficace en vue de l'insertion active, responsable et féconde des enfants dans le cadre plus large de la société."(FC.37)

D - LA FAMILLE EST EDUCATRICE SI ELLE EST CE QU'ELLE DOIT ÊTRE

Seule la famille est à même de donner une telle éducation, à condition qu'elle soit ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une "communauté profonde de vie et d'amour"nous dit le Pape Jean Paul II (Familiaris Consortio nº17).Pour cette éducation à l'amour, fondement de la vie sociale, la famille trouve en elle-même sa règle et sa source: le don de soi53:

C'est l'amour vécu entre les parents, et dans le cercle élargi des enfants, grands-parents, oncles, cousins, qui constitue l'aliment essentiel de cette éducation54. Une famille désunie, repliée sur elle-même, où l'on ne partage pas, et où l'on ne ferait que cohabiter ne pourrait que manquer à sa mission.

Cette mission éducative des parents trouve sa source de façon très spécifique dans le sacrement de mariage, qui élève cette mission à la dignité et à la vocation d'un véritable "ministère"55.

La famille, dans la mesure où l'on y vit communion, liberté et responsabilité est, nous dit le document, la plus riche et la plus complète "école d'humanité"(FC 21). Cependant les parents ne peuvent mener à bien cette tâche d'éducateurs en humanité que s'ils savent exercer leur autorité parentale: sur ce point, le texte synodal est très clair56.

Dans cette perspective d'éducation à la liberté et à l'amour, le rôle du père, nous dit Familiaris Consortio est capital: or la tendance, aujourd'hui, va en sens inverse; les pères sont très souvent les grands absents dans la famille, ou bien ils se discréditent auprès des enfants par leur infidélité conjugale, menant ou non à la séparation des parents57. Le rôle du père comme éducateur est vicié dans deux situations: absence paternelle, ou excès d'autorité paternelle58.

E - LA NECESSITE D'UNE SOLIDARITÉ ENTRE LES FAMILLES

Ce devoir d'éducation n'est cependant pas des plus faciles. Les parents sont souvent désarçonnés devant la tâche, dépassés par les rapides changements qui affectent leurs enfants, et n'ont pas toujours les moyens d'affronter leur tâche. C'est pourquoi l'Eglise insiste sur un autre aspect de la vie familiale qui, parfois, manque cruellement aujourd'hui: la solidarité entre les familles, la création de mouvements familiaux d'entraide et de partage. Le Pape Jean Paul II s'exprime ainsi sur cette indispen sable solidarité:

"Il convient donc de souligner la nécessité d'une solida rité étroite entre les familles qui peut s'exprimer en divers types d'organisations, comme les associations familiales pour les familles. L'institution familiale se trouve renforçée par cette solidarité ..Il est important que les familles cherchent à nouer entre elles des liens de solidarité. En outre, cela leur permet un échange de services éducatifs: les parents sont formés par d'autres parents, les enfants par des enfants"(Gratissimam Sane nº 16)

F - LA FAMILLE A BESOIN D'ÊTRE SOUTENUE PAR L'ETAT ET LA SOCIÉTÉ

Selon le principe de subsidiarité, la famille a souvent besoin, pour accomplir sa tâche éducatrice, de l'aide de l'Etat et de la société. Il convient donc, en Europe, non seulement que de véritables politiques familiales soient instituées, mais plus encore que l'importance de la famille soit reconnue sur le plan social, avec des politiques sociales prenant en compte la famille en tant que partenaire et non plus en tant personne morale à aider en certaines occasions.

Il faut que la famille soit tirée du domaine privé où on l'a cantonnée pour être considérée comme protagoniste dans la vie économique (l'économie dépend de la qualité des travailleurs que la famille fournit aux entreprises) et sociale (l'équilibre et la paix sociale sont conditionnés par le type d'éducation que l'adolescent peut recevoir, en négatif comme en positif). C'est ce que dit le Pape Jean Paul II dans l'Encyclique Centesimus Annus (1991):

Il arrive que, lorsque la famille décide de répondre pleinement à sa vocation, elle se trouve privée de l'appui nécessaire de la part de l'Etat, et elle ne dispose pas de ressources suffisantes. Il est urgent de promouvoir non seulement des politiques de la famille, mais aussi des politiques sociales qui aient comme principal objectif la famille elle-même, en l'aidant, par l'affectation de ressources convenables et de moyens efficaces de soutien, tant dans l'éducation des enfants que dans la prise en charge des personnes âgées"(Centesimus Annus nº49)

SYNTHÈSE

Le message de tous ces textes est clair: les parents, homme et femme, mari et épouse, ont un rôle essentiel, irremplaçable dans l'éducation de leurs enfants, et en particulier dans le développement de leur personnalité. Dans cette tâche, certes, ces parents sont aidés: par leurs propres parents, le cercle familial large, les amis, les organisations de jeunesse, et l'école. Mais c'est à eux que revient le rôle primordial de guider l'enfant dans la vie pour qu'un jour il puisse partir, sûr de lui, pour prendre sa place dans la société, fonder une famille, être responsable, ajouter son solide maillon dans la chaîne humaine.

On a posé la question des "rôles" respectifs de chacun des parents dans le développe ment psychique, intellectuel et moral de l'enfant. Les psychologues nous montrent que ces rôles existent bien, ne sont pas interchangeables et sont difficiles à substituer. Les statistiques mettent en évidence les dégâts qu'entraîne l'absence d'un des parents du foyer familial. Elles soulignent que les troubles notés chez les enfants d'aujourd'hui sont en lien avec l'absence matérielle ou affective des parents auprès de leurs enfants. Les jeunes, trop souvent, aujourd'hui, ne reçoivent plus ni soutien moral ni directives de vie de leurs parents. Et il leur est bien difficile de trouver par eux mêmes un sens à leur vie. L'absence du père est bien connue, mais un nouveau problème se crée aujourd'hui avec l'absence de la mère, soit que celle-ci travaille, soit qu'elle s'affaire dans de multiples activités caritatives, écologiques, féministes ou politiques.

Dans le même temps, les tendances profondes de la société et les impératifs économiques poussent au travail des femmes, épouses et mères, hors du foyer familial. elles poussent aussi à l'auto-affirmation féminine et à son engagement dans la société. l'Eglise reconnaît qu'il y a effectivement là un problème, lié à l'accession de la femme au monde du travail et à l'affirmation de sa parité et de sa dignité. Cette accession et cette reconnaissance sont justes, ces conquêtes sont légitimes et il n'est pas question de vouloir "retourner en arrière". Mais il n'en faut pas ignorer les retombées négatives sur l'union des couples et sur l'éducation des enfants. Il ne faut pas non plus en rester au niveau du sociologue qui constate les dégats sans chercher à apporter de remède.

C'est pourquoi l'Eglise demande que l'Etat prenne ses responsabilités et aide la famille et cela non pas au travers de simples politiques sociales concernant tel ou tel groupe de particuliers, mais au travers de véritables politiques familiales. Cela lui coûtera beaucoup moins cher de venir maintenant en aide aux jeunes foyers et aux mères de famille, que de payer demain la note des psychiatres, des centres de réadaptation et des juges pour enfants. Une large part du travail accompli hors de la maison par les mères de famille est destiné à équilibrer le budget familial. Ces mères, pour la plupart, ne demandent qu'à rester au foyer et à s'occuper de leurs enfants. Ce faisant elle contribuent plus qu'aucun autre à la constitution du capital humain de la société. L'Eglise n'en appelle pas à un quelconque privilège mais à l'équité lorsqu'elle demande que s'instaurent au plus vite de véritables politiques familiales permettant en particulier aux épouses et mères d'accompagner leurs enfants au moins dans la première année de la vie. L'Eglise demande aussi à l'Etat de prendre des mesures en faveur des familles nombreuses qui contribuent plus que les autres à fournir à la société un capital humain fiable et rentable.

Il ne faudrait cependant pas qu'une excessive cristallisa tion sur la lutte pour obtenir de vraies politiques familiales fasse oublier que l'essentiel est d'abord dans la disposition du coeur des parents et dans leur disponibilité à accueillir la vie et à s'occuper de leurs enfants. Si le coeur y est, l'organisa tion concrète suivra.. Après tout nos grand-mères trouvaient le moyen de s'occuper de leurs bambins tout en accomplissant les rudes travaux des champs! Cela ne devait pas être facile ni pratique, mais le coeur y était, et elles le faisaient, sans problèmes.

CONCLUSION

L'alarme doit donc être sonnée aujourd'hui. En laissant se faire la décomposition des familles, c'est le tissu social de demain qu'on laisse se compromettre, c'est la criminalité et la violence qu'on laisse croître, c'est l'équilibre de nos sociétés qu'on laisse en péril. Quels types de jeunes désirons nous pour demain? Des narcisses repliés sur eux-mêmes, frileux et incapable de tout engagement? Des violents et des irresponsables au sens moral fruste et à la conscience à l'état d'ébauche? Des "faux-selfs" bourrés de problèmes et incapables d'initiatives et de créativité? En posant ces questions, c'est aussi à l'avenir de notre Eglise que nous pensons, à la capacité des chrétiens de demain à transmettre la foi et à vivre l'amour dans le détache ment et le don de soi.

"Famille, deviens ce que tu es!": que cette injonction, lancée par le Pape Jean Paul II aux familles (F.C.N.17), ne reste pas lettre morte! En cette fin du second millénaire de l'ère chrétienne nous ne pouvons que souhaiter et prier pour que la famille reprenne pleinement son rôle éducateur pour "garder, révéler et communiquer l'amour"(F.C.N,17) à un monde qui tend à oublier les sources mêmes de sa vie.

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1 T.Anatrella, "Non à la société dépressive", Flammarion, Paris, 1993, pp.230-234.

Y.Anatrella,"Interminables adolescences, les 12/30 ans", Cerf/Cujas, Paris, 1993, pp.185-186.

T.Anatrella, "L'amour et le Préservatif", Flammarion, 1995, pp.65-66 157-158, 186-188

T.Anatrella, Les modèles sexuels contemporains et les orientations actuelles de l'éducation sexuelle, Familia et Vita, 1,1, 1996, p.30.

2 Tyler Marshall, A World of Pressures on Parents, Children, Los Angeles Time, Special Edition, saturday july 22 1995, p.7.

3 Dan Kiley,"The Peter Pan Syndrome. Men who have never grown up", Avon Books, New York, 1984

4 T.Anatrella,"Interminables adolescences, les 12/30 ans", Cerf/Cujas, Paris, 1988.

5 Biller H.,"Fathers and Families: Paternal Factors in Child Development", Westpost, CT, Auburn House, 1993, pp.70-71.

6 ibid, pp. 87-88.

7 ibid. p.115.

8 A.Nicholi, The impact of Family Dissolution on the Emotional Health of Children and Adolescents, in "When Families Fail...The social costs", Bryce Christiansen ed., Lanham, M.D., University Press of america, 1991, p.31.

9 ibid. p.36

10 "Study finds greater risks in single-parent families", Washington Times, July 10, 1993, p.A.5

11 U.Bronfenbrenner, "Discovering What Families Do" in Rebuilding the Nest. A new commitment to the American Family, David Blankenhorn, Steven Bayme, Jean Elshtain (edz), Milwaukee, WI, Family Service America, 1990, p.34.

12 Wallerstein J. and Kelly J., Surviving the Breakup: How Children and Parents Cope with Divorce", New York, Basic Books, 1980.

13 N.Zill, C. Schoenborn, "Developmental, Learning and Emotional Problems. Health of Our nation's children". National Center for Health Statistics, Advance Data, n.190, nov.16 1990, tav.1-5.

14 Carl Anderson, op.cit., p.78

15 Pour situer ce savant il suffit de dire que c'est lui qui a expliqué le fonctionnement psychologique de ces objets sacro-saints pour l'enfant, que les parents connaissent bien - ces vieux ours ou bouts de couverture auquel le petit enfant s'attache avec passion et au travers desquels il aborde la réalité extérieure D.W. .Winnicott, De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969. Titre original: "Collected papers through paediatrics to psycho-analysis", Tavistock Publications, New york, Basic Books,1958.

.D.W. Winnicott, Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975; titre original: Playing and reality, Tavistock publications, , New York, Basic books, 1971.

16 Minuchin S., Families and Family Therapy, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1974.

17 J.Piaget, B.Inhelder, De la logique de l'enfant à la logique de l'adolescent, Paris, PUF, 1956.

18 L.,Kohlberg,"Essays on moral development. Vol.I. The Philosophy of Moral Development. Moral stages and the idea of Justice", Harper and Raw, San Francisco, 1981.

L.Kohlberg, "Essays on moral Development. Vol.II. The Psychology of moral Development. The nature and validity of Moral Stages", Harper and Raw, San Francisco, 1984,

19 L.Kohlberg,"Stage and Sequence: the cognitive-developmental approach to socialization" in "Handbook of Socialization: theory and research", ed. D.A.Goslin, Rand McNally, New York, 1969, pp.382-389.

20 E.Erikson, E.H.,"Childhood and Society", New York, W.W.Norton and Co., sec.ed. 1963

trad.it.:"Infanzia e società", Roma, Armando Armando, 1968.

21 Carl Anderson, Il ruolo della famiglia nella crescita psicofisica del bambino, Dolentium Hominum, 1994, N.1, p.75

22 Howells J., "Principles of Family Psychiatry", New York, Brunner/Mazel, 1975, p.94.

23 Lorsque la famille passe du stade du "mariage" à celui de "l'expansion", les époux doivent revoir leurs rôles respectifs, jusque là centrés vers leur propre personne. Avec la naissance du premier enfant, un nouveau rôle commence, celui de parents, qui continue inchangé jusqu'à la naissance du dernier enfant. Dans la phase de "consolidation" les rôles doivent être continuellement modifiés en fonction de la maturation dans le temps de chaque enfant. Durant cette période les parents assument le rôle d'une génération intermédiaire, puisqu'ils sont à la fois parents, avec des enfants qui évoluent constemment, et enfants, avec le vieillissement de leurs prores parents qui commencent à prendre leur rôle de grands-parents. Arrivés à la phase de "contraction" les parents doivent rentrer dans de nouveaux rôles, ceux de parents d'enfants adultes. Dans la phase du rapport conjugal final, le couple doit recréer un rapport d'époux à nouveau seuls, mais avec une nouvelle responsabilité dans le cadre d'une famille à trois générations.

Il est donc clair que, pour comprendre le développement de l'enfant dans la famille, il ne suffit pas de s'arrêter au noyau familial des parents et des enfants, en ne considérant que la maturation de l'enfant, parce que les parents, à l'intérieur de ce noyau, eux aussi changent dans leur personnalité, et évoluent constamment dans leur rapport à leurs propres parents.

24 W.Nichols, G.Everett, Systemic Family Therapy: an Integrative Approach, New York, The Guilford Press, 1986, p.152.

25 Carlos-Josaphat Pinto de Oliveira, Famille: valeurs éthiques et modèles historiques, in "La Famille, un défi face à l'avenir", edit. Bernhard Schnyder, Editions Universitaires, Fribourg, Suisse, 1982, pp.165-188.

26 Ces conditions varient d'une époque à l'autre, d'une culture à l'autre; on ne peut cultiver toutes les valeurs, en même temps et au même degré; chaque génération, chaque époque tend à mettre l'accent sur certaines d'entre elles. De plus, si ces valeurs sont bien universelles, et s'imposent d'elles mêmes, les modèles qui permettent de les mettre en acte avec plus ou moins de succès et d'efficacité sont eux parfaitement historiques, liés aux contingences du temps. Cette distinction entre valeurs familiales et modèle familial est importante: elle permet de comprendre la perennité des valeurs transmises à l'enfant par la famille, "institution naturelle", et en même les changements historiques dans les modèles que peut proposer cette famille, depuis le modèle autoritaire et hiérarchique de la famille large vivant sur un domaine agricole, sous l'autorité de son patriarche, jusqu'au modèle de petite communauté humaine chaude valorisant l'intimité privée et l'affectivité qui tendrait à prévaloir aujourd'hui.

27 Pierre Bréchon, Personnalisme et Famille dans "La famille, idées traditionnelles et idées nouvelles, Le Centurion, Paris, 1976.

28 Jean Lacroix, Force et faiblesses de la famille, Seuil, Paris, 1975.

29 Jean Lacroix, Nature et sens de la famille, dans "La famille, un défi à l'avenir", ed. Bernhard Schnyder, Editions Universitaires, Fribourg, Suisse, 1982, p.103

30 Jean Lacroix, Nature et sens de la famille, op.cit., p.103.

31 ibid.

32 ibid.

33 A ce point de vue J.Lacroix est beaucoup plus optimiste que Freud, qui en était venu dans les dernières années de sa vie, à penser que la civilisation, considérée comme un progrès, ne pouvait en fait se développer qu'en s'opposant à l'amour. Jean Lacroix pense que la famille peut permettre à l'homme d'échapper partiellement à ce mal de l'anti-amour rampant dans la dite "civilisation" d'aujourd'hui, technique, anonyme, individualiste, dépersonnalisante."L'amour des familles doit échapper le plus possible au mal contemporain" écrit Jean Lacroix (ibid.p.104). La famille est le lieu où l'homme, dans une relation d'amour, peut s'ouvrir au mieux à la vie, dans une attitude de confiance plus que de crainte: "magis amari quam timeri" disait Saint Augustin.

34 "Dans ces conversations - et cela de plus en plus à mesure que passent les années - les parents doivent savoir écouter leurs enfants avec attention, s'efforcer de les comprendre, savoir reconnaître la part de vérité qui peut être présente dans certaines formes de rébellion...Ils réussiront mieux s'ils savent donner du temps à leurs enfants et se mettre vraiment à leur niveau, avec amour" (Vérité et Signification de la Sexualité Humaine, 51)

35 " L'adolescence représente, dans le développement du sujet, la période de projection de soi et donc la découverte de sa propre vocation: une telle période tend à être aujourd'hui - tant pour des raisons physiologiques que pour des motifs sociologiques et culturels - plus longue que dans le passé. Les parents chrétiens doivent "former les enfants à la vie pour permettre à chacun d'accomplir en plénitude son devoir selon la vocation qu'il a reçue de Dieu"(F.C.53). Il s'agit d'une tâche importante, qui constitue en définitive le sommet de leur mission de parents. Si elle est importante, elle le devient encore plus à ce moment de la vie de leurs enfants."(Vérité et Signification de la Sexualité Humaine nº98)

36 "La famille est en quelque sorte une école d'enrichissement humain. Mais pour qu'elle puisse atteindre la plénitude de sa vie et de sa mission, elle exige une communion des âmes empreinte d'affection, une mise en commun des pensées entre les époux et aussi une attentive coopération des parents dans l'éducation des enfants""(Gaudium et Spes nº52)

37 "Le droit et le devoir d'éducation sont pour les parents quelque chose d'essentiel. de par leur lien avec la transmission de la vie; quelque chose d'original et de primordial, par rapport au devoir éducati des autres en raison du caractère unique d'amopur existant entre parents et enfants; quelque chose d'irremplaçable et d'inaliénable, qui ne peut donc être totalement délégué à d'autres ni usurpé par d'autres"(Familiaris Consortio nº36).

38 - le synode a voulu "accorder une attention privilégiée à la femme, à ses droits et à son rôle dans la famille et dans la société"(nº22)

- l'exhortation souligne la "dignité et la responsabilité" de la femme "égales à celles de l'homme", égalité et responsabilité illustrées de façon singulière dans le don réciproque des conjoints (nº22)

- le texte constate que "dans le domaine plus spécifiquement familial", une "tradition sociale et culturelle largement répandue" a "réservé à la femme le seul rôle d'épouse et de mère""sans lui ouvrir d'une manière adéquate l'accès aux fonctions publiques, considérées généralement comme réservées à l¡homme"(n.23)

- que cette situation n'est pas juste car l'"égalité de dignité et de responsabilité entre l'homme et la femme justifie pleinement l'accès de la femme aux fonctions publiques"(nº23)

- mais qu'il faudrait que "la valeur du rôle maternel et familial" de la femme soit clairement reconnu face à toutes les autres fonctions publiques" et "toutes les autres professions" (n.º23).

39 "il en est de même, en sens inverse, pour la présence oppressante du père, spécialement là où existe encore le phénomène que l'on a appelé le "machisme", c'est-à-dire la supériorité abusive des prérogativces masculines qui humilient la femme et empêchent le développement de saines relations familiales" (Familiaris consortio nº25)

40 "Ainsi la famille, lieu de rencontre de plusieurs générations qui s'aident mutuellement à acquérir une sagesse plus étendue et à harmoniser les droits des personnes avec les autres exigences de la vie sociale, constitue-t-elle le fondement de la société"(Gaudium et Spes nº52,2)

41 "Continue de s'imposer à chaque homme le devoir de sauvegarder l'intégralité de sa personnalité, en qui prédominent les valeurs d'intelligence, de volonté, de conscience et de fraternité... la famille est au premier chef comme la mère nourricière de cette éducation: en elle, les enfants, enveloppés d'amour, découvrent plus aisément la hiérarchie des valeurs, tandis que des éléments d'une culture éprouvée s'impriment d'une manière presque inconsciente dans l'esprit des adolescents, au fur et à mesure qu'ils grandissent"(Gau dium et Spes nº61,1-2).

42 "L'amour entre l'homme et la femme dans le mariage et, en conséquence, de façon plus large, l'amour entre les membres de la même famille - entre parents et enfants, entre frères et soeurs, entre les proches et toute la parenté - entraîne la famille vers une communion toujours plus profonde et plus intense, fondement et principe de la communauté conjugale et familiale (Familiaris Consortio nº18).

43 "Pour construire une telle communion, un élément est fondamental, celui de l'échange éducatif entre parents et enfants qui permet à chacun de donner et de recevoir. A travers l'amour, le respect, l'obéissance à l'égard des parents, les enfants apportent leur part spécifique et irremplaçable à l'éducation d'une famille authentiquement humaine et chrétienne"(Familiaris Consortio nº21)

44 Familiaris Consortio nº21

45 "Bien qu'affrontés aux difficultés, souvent plus grandes aujourd'hui, de leur tâche d'éducateurs, les parents doivent, avec confiance et courage, former leurs enfants au sens des valeurs essentielles de la vie humaine"(Familiaris Consortio nº37)

46 "Les enfants doivent grandir dans une juste liberté devant les biens matériels, en adoptant un style de vie simple et austère, bien convaincus que "l'homme vaut plus par ce qu'il est que par ce qu'il a" (Familiaris Consortio nº37)

47 "Dans une société ébranlée et désagrégée par des tensions et des conflits en raison du violent affronmtement entre les individualismes et les égoïsmes de toute sorte, les enfants doivent acquérir le sens de la justice véritable - qui seule conduit au respect de la dignité personnelle de chacun - et davantage encore le sens de l'amour authentique, qui est fait d'attention sincère et de service désintéressé à l'égard des autres, en particulier des plus pauvres et des plus nécessiteux"(Familiaris Consortio nº37)

48 "La famille trouve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître. Le don de soi qui anime les époux entre eux se présente comme le modèle et la norme de celui qui doit se réaliser dans les rapports entre frères et soeurs, et entre les diverses générations qui partagent la vie familiale."(Familiaris Consortio nº37).

49 "L'éducation à l'amour comme don de soi constitue..les prémisses indispensables pour les parents appelés à donner à leurs enfants une éducation sexuelle claire et délicate..La sexualité, en effet, est une richesse de la personne toute entière - corps, sentiments et âme - et manifeste sa signification intime en la portant au don de soi dans l'amour"(Familiaris Consortio nº37)

Voir: "Vérité et Signification de la Sexualité Humaine, des orientations pour l'éducation en famille", Conseil Ponmtifical pour la Famille, 8/12/1995.

50 C'est à cause de l'importance de cette éducation à l'amour, et du rôle irremplaçable que peut y jouer une famille unie où l'on est fidèle et où l'on s'aime, que l'Eglise juge que l'éducation sexuelle est d'abord du ressort des parents et doit se faire au minimum sous leur contrôle: "L'éducation sexuelle - droit et devoir fondamental des parents - doit toujours se réaliser sous leur conduite attentive"(Familiaris Consortio nº 37)

51 "Devant une culture qui "banalise" en grande partie la sexualité humaine, en l'interprétant et en la vivant de façon réductrice et appauvrie, en la reliant uniquement au corps et au plaisir égoïste, le service éducatif des parents visera fermement une culture sexuelle vraiment et pleinement axée sur la personne"(Fami liaris Consortio nº37)

52 cf. Ch.II, Amour vrai et chasteté, dans "Vérité et Signification de la Sexualité Humaine, des orientations pour l'éducation en famille", Conseil Pontifical pour la Famille, 8/12/1995.

53 "La famille est la première école, l'école fondamentale de la vie sociale; comme communauté d'amour, elle trouve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître. Le don de soi qui anime les époux entre eux se présente comme le modèle et la norme de celui qui doit se réaliser dans les rapports entre frères et soeurs, et entre les diverses générations qui partagent la vie familiale." (Familiaris Consortio nº37)

54 "On ne peut oublier que l'élément le plus radical, de nature à qualifier le devoir éducatif des parents est l'amour paternel et maternel, qui trouve dans l'oeuvre de l'éducation son accomplissement en complétant et en perfectionnant pleinement leur service de la vie. De source qu'il était, l'amour des parents devient ainsi l'âme et donc la norme qui inspirent et qui guident toute l'action éducative concrète, en l'enrichissant des valeurs de douceur, de constance, de bonté, de service, de désintéressement, d'esprit de sacrifice, qui sont les fruits les plus précieux de l'amour"(Familiaris Consortio nº36)

55 "La mission éducative, enracinée comme on l'a dit dans la participation à l'oeuvre créatrice de Dieu, trouve aussi sa source, pour les parents chrétiens, d'une manière nouvelle et spécifique, dans le sacrement du mariage...Grâce au sacrement du mariage, la mission éducative est élevée à la dignité et à la vocation d'un "ministère" authentique de l'Eglise au service de l'édification de ses membres" (Familiaris Consortio nº38)

56 "Pour construire une telle communion, un élément est fondamental, celui de l'échange éducatif entre parents et enfants, qui permet à chacun de donner et de recevoir. A travers l'amour, le respect, l'obéissance à l'égard des parents, les enfants apportent leur part spécifique et irremplaçable à l'édification d'une famille authenti quement humaine et chrétien ne. Cela leur sera plus facile si les parents exercent sans faiblesse leur autorité comme un véritable "ministère" ou plutôt comme un service ordonné au bien humain et chrétien des enfants et plus particulière ment ordonné à leur faire acquérir une liberté vraiment responsable" (Familiaris Consortio nº 21).

57 "Là surtout où les conditions sociales et culturelles poussent facilement le père à se désintéreser d'une certaine façon de sa famille, ou du moins à être moins présent au travail d'éducation, il faut faire en sorte que l'on retrouve dans la société la conviction que la place et le rôle du père dans et pour la famille sont d'une importance unique et irremplaçable"(Familiaris consortio nº25).

58 "Comme le montre l'expérience, l'absence du père provoque des déséquilibres psychologiques et moraux ainsi que des difficultés notables dans les relations familiales; il en est de même, en sens inverse, pour la présence oppressive du père, spécialement là où existe encore le phénomène que l'on a appelé le "machisme", c'est-à-dire la supériorité abusive des prérogatives masculines qui humilient la femme et empêchent le développement de saines relations familiales."(Familiaris Consortio nº25)